Le Défenseur des enfants Eric Delemar à Paris, le 23 janvier 2026 ( AFP / JOEL SAGET )
Espaces "no-kid", violences sexuelles, protection de l'enfance : les droits des enfants sont "régulièrement bafoués" en France, déplore le Défenseur des enfants Eric Delemar, appelant à un véritable "sursaut politique."
Dans un entretien accordé à l'AFP vendredi, l'adjoint de la Défenseure des droits Claire Hédon alerte sur le coût "humain, psychologique et économique" du manque de considération d'une jeunesse "de plus en plus stigmatisée".
Quel regard portez-vous sur le traitement des enfants en France?
On déconsidère nos enfants, les enfants ne sont jamais la priorité, ils n'ont pas le droit de vote donc ils ne comptent pas, et pourtant ils sont plus de 14 millions dans notre société.
La jeunesse n'a jamais été aussi contrainte qu'aujourd'hui : on la stigmatise, on ne supporte plus que les enfants jouent dans la rue, qu'ils fassent du bruit, et en même temps on leur reproche d'être sans arrêt sur les écrans, à la maison, donc on est dans des injonctions paradoxales.
Ils ne sont pas considérés comme des alter-ego, dotés des mêmes droits humains : droit d'être entendus, droit d'être écoutés.
L'enjeu des démocraties, c'est de faire évoluer non seulement les progrès technologiques, l'IA mais également les progrès humains pour accompagner nos enfants, les protéger, les émanciper.
Quel bilan tirez-vous des cinq dernières années?
Le droit a beaucoup évolué en matière de protection de l'enfance, on a eu des lois qui se sont succédé, 2007, 2016, 2022 mais mais elles sont très peu mises en oeuvre faute de moyens, mais aussi par manque d'action transpartisane, d'action collective, notamment entre les départements et l'Etat.
En matière de protection de l'enfance, on est régulièrement rappelé à l'ordre : on ne protège pas les enfants suffisamment vite et quand ils vont parler on ne les écoute pas. A peine 2% des enfants victimes de violences sexuelles verront leur agresseur condamné.
Il y a certes eu des vraies avancées, des vraies évolutions législatives. Depuis la loi sur les violences intrafamiliales de 2024, les enfants ne sont plus considérés comme témoins des violences mais comme des covictimes, c'est une circonstance aggravante pour l'agresseur. Et on a récemment la Cour de cassation qui a dit +non, on ne peut pas élever nos enfants en les frappant, en les humiliant".
Donc on a des avancées réelles en matière de droits mais il y a un +gap+ réel entre le droit et la réalité des enfants (...) et les droits des enfants aujourd'hui sont régulièrement bafoués.
Cette absence de considération a-t-elle des conséquences?
Cela conduit à des effets délétères pour les enfants et pour la société : coût humain, coût psychologique, coût économique. 55% des enfants accompagnés par la protection judiciaire de la jeunesse qui ont commis des délits, étaient pris en charge par la protection de l'enfance. Un quart à un tiers des jeunes majeurs qui vivent à la rue ont eu un passé d'enfant en situation de danger ou en situation de handicap.
On considère que les enfants sont comme des chats qui vont retomber sur leurs pattes à chaque problème. Non, ce n'est pas vrai. On sait que les enfants impriment les difficultés, les maltraitances et que cela va avoir des conséquences sur leurs apprentissages et leur bien-être.
Ca coûte des milliards sauf qu'on a des politiques publiques qui sont court-termistes. On ne s'adresse pas aux générations précédentes, aux générations suivantes, on s'adresse aux élections prochaines. Il faut un sursaut politique.
Comment percevez-vous la tendance no-kid?
C'est scandaleux parce que ça considère au fond que nos enfants seraient en dehors de l'espace public. Qui oserait dire aujourd'hui qu'il faut interdire tel espace de transport, tel espace public, à telle catégorie d'adultes ?
Nous ne mesurons pas les conséquences de l'absence de protection et de prévention sur les enfants sur la baisse de la natalité. Bien entendu il y a plusieurs motifs, mais on voit bien que les jeunes adultes ont peur d'être parents parce que les enfants sont déconsidérés, et en déconsidérant les enfants, on déconsidère encore une fois ceux qui s'en occupent, les futurs parents.
Si on considérait mieux les enfants dans notre société, on considérerait aussi mieux les métiers de la petite enfance. C'est comme si tout le monde pouvait s'en occuper, qu'on n'était pas obligé d'avoir des formations. Ce n'est pas normal.
La question de l'accompagnement des enfants, de la connaissance du développement de l'enfant, du droit des enfants est indispensable. On doit former les gens, mieux les considérer, mieux les rémunérer et leur donner les moyens de travailler.

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